Dernier tour de piste pour la Berlinale et ultimes films
présentés, ayant pour point commun d’être signés par trois
des grands noms du cinéma d’auteur. Et témoignant
d’ailleurs pour au moins deux d’entre eux d’une
vitalité d’inspiration stylistique qu’un grand nombre
de leur plus jeunes collègues n’auront guère eu ici
l’occasion de mettre en avant.
C’est le cas de
Théo Angelopoulos venu présenter hélas hors-compétition (cela
eut relevé le niveau général de la sélection)
Poussière du temps, un récit sur plusieurs époques
avec pour fil conducteur le personnage d’un cinéaste filmant
sur fond de bouleversements politiques de la seconde moitié du
vingtième siècle l’histoire de ses parents et de leur amour
mouvementé. L’élaboration sophistiquée du scénario (allers et
retours entre divers passés et présents, multiplicité des points de
vue, le rapport du point de vue de l’intime entre grande et
petite histoire) ne nuit jamais à la fluidité du film et sa beauté
poétique. Du cinéma porté à sa plus belle et majestueuse
expression.
Fidèle du Festival, Andrzej
Wajda revient cette année avec Tatarak
après avoir présenté ici l’an dernier le très pompiers et
discutable Katyn
(sortie en France dans le courant du mois d’avril).
Délaissant cet académisme qui appesantissait son cinéma depuis
quelques années, l’auteur de
L’Homme de Marbre signe un film dont le meilleur
élément de surprise réside dans un dispositif narratif dont
l’idée lui aura été soufflée par un épisode tragique de la
vie de son interprète principale. Prévu pour être tournée il y a
deux ans, cette adaptation d’un classique de la littérature
polonaise raconte l’histoire d’une femme mûre,
condamnée par la médecine et qui s’éprend d’un jeune
homme de vingt ans, lointain fantôme de ses deux fils disparus dans
leur enfance. Mais le tournage avait dû être repoussé car Krystyna
Janda, actrice fidèle du cinéaste, était en train de perdre son
mari des suites d’une longue maladie. De ce douloureux
épisode de sa vie privée est née l’idée de ponctuer
l’intrigue par diverses séquences où, dans un décor
minimaliste et monologuant face à elle-même ,la comédienne raconte
le calvaire de l’homme de sa vie, apportant ainsi un
troublant et magnifique effet de miroir à la fiction qu’elle
interprète. Avec en guise de transition entre ces deux versants,
une sorte de making-of où l’on voit Wajda et ses comédiens
travailler à partir du livre. Un film pudique et émouvant sur
l’implication de l’acteur, le transfert personnel, la
mémoire sentimentale ainsi que la douleur de la mort et le deuil
impossible.
Et enfin, dernier film en compétition : Eden
à l’Ouest de Costa-Gavras,
sorti sur nos écrans mercredi dernier et dont il a déjà été
beaucoup évoqué – à juste titre - la fragilité et le
semi-échec, en dépit l’évidente sincérité de son auteur.
Côté rumeurs, si l’on s’en tient au tableau des
critiques publié par l’hebdomadaire Screen ainsi
qu’au désir du jury d’être sensible aux films attentifs
à l’état du monde, les prétendants les mieux placés à
l’Ours d’Or demeurent à ce jour : London
River de
Rachid Bouchareb, The
Messenger d’Oren
Moverman, Storm
d’Hans-Christian
Schmid et Katalin
Varga de
Peter Strickland. Souhaitons juste que, dans sa clairvoyance,
Tilda
Swinton et ses amis pensent aussi à récompenser
Gigante de Adrian
Biniez et About
Elly de Asghar
Farhadi, incontestablement deux des meilleures surprises de
cette assez terne 59ème édition. Réponse demain soir.
Par Xavier Leherpeur
Willem Dafoe dans The Dust of Time
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